Du cinema au cinema

Aujourd’hui chacun est capable de donner son avis sur un film, tous nous apprenons un peu plus chaque jour sur les codes esthétiques du cinéma, ainsi que les spécificités de chacun de ses genres. Tous, désormais nous essayons tant bien que mal de classifier chaque film que nous voyons pour pouvoir l’analyser, le juger, et parfois le noter. Mais le cinéma est-il un art qui se note ? Est-il un art qui autorise la critique ? Aujourd’hui la plus part des films sortant en salle sont catégorisés par leurs distributeurs. Cela même qui décident si un film est “bon” ou “mauvais”, s’il peut avoir la chance de faire 700 copies ou si 10 pour tout le territoire “c’est déjà pas si mal, de toute façon personne n’ira le voir”.

Un film peut donc être mort avant même sa sortie. Mais cela fera l’objet d’un autre billet. Ici je parlerais plutôt de ces films tout juste sortis, et qui ne rentrent dans aucunes cases. Ces films que personne ne va voir car “trop compliqués” et qui subissent le sort dont je parlais juste avant. Ils sont rares, mais il existe encore des films dit “expérimentaux” qui sortent en salle. Ces dernières semaines est donc sortit 3x3D, écrit et mis en scène par Peter Greenaway, Edgar Pêra et Jean-Luc Godard.

Guimarães capitale européenne de la culture en 2012 offre à ces trois cinéaste les moyens de faire part de leurs réflections autour de l’histoire, de la culture et du cinéma.

Peter Greenaway, cinéaste à l’imagerie toujours très forte, nous propose avec “Just in time” une balade dans les hauts lieux historique de Guimarães. A l’aide d’une caméra flotante (façon vue à la première personne) il traverse les lieux et les époques, nous offrant ainsi un tableau vivant de l’histoire de la ville. Dans sa captation il mêle réel, synthèse et typographie le tout mis en dimension par une stéréoscopie assez réussi compte tenu du nombre d’éléments dans l’image. La technique n’est donc pas l’apanage des grands faiseurs d’images mais peut servir tout aussi bien des ambitions culturelles de savoir et de connaissances. Greenaway nous offre une véritable déambulation façon musée. N’est-il pas l’avenir de l’art de se faire voir et recevoir en numérique et en relief ? Les plus grands musées du monde offrent déjà des visites virtuelles de leurs grandes collections. Vidéo-ludisme éducatif et cinéma n’ont jamais été aussi proches.

De son coté Edgar Pêra nous fait remonter aux racines du cinéma avec “Cinesapiens” pour nous prouver que tout change mais rien ne change. Histoire du cinéma, histoire de l’homme. Nous sommes primitifs et pour la plus part nous le resterons. Vous êtes impressionnés par cette “nouvelle” stéréoscopie ? Vous l’auriez été sans aucun doute encore plus lors de l’”Entrée d’un train en gare de La Ciotat”. Cette réflexion ne va finalement pas bien loin, Pêra voulant y mêler des effets de cinéma de genre. Le tout devenant une farce en relief voulant rire du public qui s’émeut de tant d’artifices… le serpent se mord la queue et le soufflet retombe vite.

Enfin, le troisème tiers, celui de Jean-Luc Godard. Intitulé “Les 3-désastres”, ce segment nous livre sa perception, sa vision du cinéma comme il le fait depuis près de vingt ans maintenant. Plus encore que dans Film Socialisme ou ses précédents films, avec ce court métrage de 20mn, Godard fait transparaître à l’écran sa pensée. Film totalement personnel, il utilise les codes du montage qu’il maîtrise toujours parfaitement avec pour matière des images diverses et variées sur lesquelles il appose sa voix. Comme un monologue qui nous envoûte. Mais tout cela n’est pas fait pour nous endormir, au contraire, il pose frontalement cette caméra, qui capte. Le regard est inversé, elle nous filme nous, les spectateurs. Qui est le sujet du film ? Le cinéma, ou nous ? JLG traite ici de tous les sujets qui lui tiennent à coeur. Le numérique, dictature esthétique, nivelant l’ensemble de la production, imposant ses graphismes “dégueulasses”. Cette “3D relief” se voulant nouvelle perspective universelle, mais quid alors de ces réalisateurs cultes borgnes et de leurs oeuvres pourtant riches en profondeur ? Le relief n’est pas l’apanage d’une technologie. Même si le sujet de 3x3D est la stéréoscopie, JLG ne fait lui que très peu usage du relief. Son argument est que c’est l’image elle même et ce qu’il l’entoure qui donne de la profondeur. Il déroule ainsi un ensemble de questions sur la façon de faire du cinéma. Il diabolise au possible le cinéma de la technique, incarnation du mal et responsable de la mort de l’essence même du cinéma. Ce mal naît toujours de la même origine, la recherche de “plus de perspective” toujours plus. Il est vrai que parmi les cinéastes dit “techniciens” on notera toujours une volonté de vouloir aller toujours plus loin “dans l’image”, “dans l’immersion”. Mais ils ne se rendent pas compte qu’ils sont en train de tuer le cinéma. Celui de l’émotion. Ce cinéma qu’est le 7ème art. Alors que l’on pense que les technologies d’aujourd’hui nous permettent d’aller toujours plus loin, l’on ne se rend pas compte que c’est l’ensemble des images qui s’appauvrissent. Ces images dont on nous abreuve chaque jour ont toutes un peu moins de sens que celles qui les ont précédées. Il nous faut sans cesse retourner en arrière pour retrouver des images, des films, des oeuvres encore riches, encore capable de nous nourrir.


“Si la perspective est le péché originel de la peinture occidentale, la technique était son fossoyeur. La conquête de l’espace a fait perdre la mémoire à tous.” Dixit JLG. Tout est dit. Comme une flèche directement décochée vers ce cinéma d’aujourd’hui.

Adieu-Au-Langage

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